Le marché pétrolier vit au rythme d’incertitudes, même si les prix ont repris leurs galons. Le variant Omicron constitue une menace certaine. M. Perrin, également chercheur associé au Policy Center for the New South (Rabat) affirme qu’ «en 2022, pour la troisième année consécutive, le marché pétrolier sera sous influence de la Covid-19». A propos de l’Algérie, il indique que «le programme d’efficacité énergétique, dont on parle nettement moins, est tout aussi important pour l’avenir énergétique du pays à moyen et à long termes».

Entretien réalisé par Fouad Irnatene

El Moudjahid : A quoi faut-il s’attendre, en 2022, pour le marché pétrolier ?
M. Francis Perrin : Question difficile. Le monde n’est pas sorti de la pandémie de Covid-19 et l’année 2022 sera encore marquée par ce coronavirus et ses variants, ce qui accroît de façon considérable les incertitudes normales liées au marché pétrolier. La conjonction des variants Delta et Omicron est évidemment une menace pour l’économie mondiale, le secteur pétrolier et les prix du pétrole même si la situation actuelle n’est pas mauvaise.
Le 24 décembre, à la clôture des marchés, le prix du Brent de la mer du Nord était de $76 le baril, ce qui est un niveau plutôt satisfaisant pour les pays producteurs et les compagnies pétrolières. Mais, si de nombreux pays devaient prendre prochainement des mesures de confinement, de restriction des déplacements et d’arrêt de certaines activités économiques, cela changerait la donne car cela aurait un impact négatif sur l’économie mondiale, sur la demande pétrolière et, donc, sur les prix de l’or noir. En 2022, pour la troisième année consécutive, le marché pétrolier sera sous influence de la Covid-19.
Les décisions de l’OPEP+ auront aussi un impact sur les cours du brut. La suite des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran au sujet du programme nucléaire de ce dernier pays est également un aspect important. Certes, on ne peut pas vraiment dire que ces négociations progressent mais on ne peut pas non plus totalement écarter l’hypothèse d’un accord. Pour l’instant cependant, ce scénario n’est pas le plus probable au regard de l’état des discussions entre Washington et Téhéran.

L’OPEP + s’en est tenu, le 2 décembre, au programme préalablement convenu d’ajouter progressivement 400.000 barils de pétrole par jour en janvier. Quels sont les ajustements nécessaires dans le contexte actuel ?
Les 23 pays de l’OPEP+ se réuniront à nouveau le 4 janvier 2022 pour prendre une décision sur leur niveau de production en février. En juillet dernier, l’OPEP+ avait indiqué qu’elle augmenterait sa production chaque mois de 400.000 barils par jour mais cette feuille de route est confirmée ou modifiée chaque mois pour le mois suivant.
Cela dit, depuis juillet 2021, l’accroissement mensuel de 400.000 b/j a toujours été confirmé et l’on s’attend, sans certitude, qu’il en soit de même au cours de la réunion qui se tiendra dans quelques jours.
Pour la suite, beaucoup de choses dépendront de l’évolution de la pandémie et de ses conséquences économiques. Ce qui est certain, c’est que l’OPEP+ fera face à une situation plus délicate en 2022 qu’en 2021 car, selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), la production pétrolière mondiale est devenue supérieure à la demande à partir de décembre 2021.

L’Algérie vient de confirmer sa volonté de développer les EnR. Un appel d’offres de réalisation de 1000 MW en énergie solaire. Quel pourra être l’apport de ce projet ?
L’Algérie a un programme de développement des énergies renouvelables et un programme d’efficacité énergétique. Ces deux programmes sont liés mais distincts. Pour le premier programme, l’objectif est d’arriver à une capacité de 22.000 MW en 2030 pour le marché national avec une priorité au solaire photovoltaïque et à l’énergie éolienne. L’appel d’offres qui vient d’être lancé porte sur des centrales solaires photovoltaïques d’une capacité de 1.000 MW avec des contrats de vente et d’achat d’électricité sur 25 ans. Les offres doivent être remises le 30 avril 2022.
C’est une étape supplémentaire dans la réalisation du premier programme qui doit passer à la vitesse supérieure au cours de cette décennie si l’Algérie veut atteindre son objectif 2030. Mais le programme d’efficacité énergétique, dont on parle nettement moins, est tout aussi important pour l’avenir énergétique du pays à moyen et à long termes.