26 août 2021. En pleine évacuation des derniers soldats américains et de centaines de familles afghanes  voulant embarquer sur les gros porteurs US consacrés à cette opération, une explosion retentit dans le périmètre de l’aéroport de Kaboul, faisant au moins 85 morts et plus de 160 blessés.
Le groupe terroriste Daesh vient ainsi annoncer la couleur et signaler officiellement sa présence dans ce pays, livré depuis des lustres au langage des armes.

D’autres attentats ont eu lieu après, prouvant ainsi la volonté de l’Etat islamique à reprendre le contrôle en Afghanistan, quitte à s’opposer aux talibans. Ce nouvel épisode pourrait à première vue surprendre, puisque l’Afghanistan est devenu sous contrôle des talibans. Mais en réalité, ces derniers et Daesh sont plongés dans une rivalité féroce pour faire main basse sur le pays. L’animosité entre ces rivaux n’est pas le fruit de l’instantanéité. En 2014, année de la proclamation par Daesh du califat en Irak, il a immédiatement exigé des talibans qu’ils lui prêtent allégeance, ce que ces derniers ont refusé. Les frictions se sont donc transformées en guerre ouverte entre, d’un côté, les talibans soutenus par Al-Qaïda, et de l’autre, les partisans de l’Etat islamique qui ont multiplié les attentats dans tout l’Afghanistan, y compris dans les zones contrôlées par les nouveaux maîtres de Kaboul. Et cette logique de surenchère permanente vient d’être évidemment attisée par le retrait américain. Aujourd’hui, «il y a des cellules dormantes de Daesh à Kaboul», indique Michel Duclos, diplomate et conseiller spécial à l’Institut Montaigne. Leur présence fait donc craindre de nouveaux attentats. «On l’a vu, ce sont des opérations-suicides qui ne demandent pas de très grands moyens», d’autant qu’ «il est probable qu’elles disposent de complicités au sein des talibans, qui sont un mouvement pluriel», conclut-il.

L’hydre de Lerne

D’un autre côté, les talibans ont promis aux États-Unis de garder le groupe extrémiste en échec lors des séries successives de pourparlers de paix à Doha. Dans le cadre de l’accord américano-taliban de 2020, les talibans ont garanti que l’Afghanistan ne deviendrait pas un refuge pour les groupes terroristes menaçant les États-Unis ou leurs alliés. Mais on ignore jusqu’à présent s’ils peuvent tenir leur engagement, avec une augmentation soudaine des attaques de l’EI depuis le retour par la force des talibans au pouvoir le 15 août. «Maintenant que les États-Unis et la présence internationale ont pour la plupart disparu, ils doivent s’en prendre à l’État, et l’État, ce sont les talibans», a déclaré Andrew Mines, chercheur sur l’extrémisme à l’Université George-Washington. L’EI est apparu en Afghanistan en 2015, sous le nom d’État islamique dans la province du Khorasan, à une époque où le groupe était à son apogée, contrôlant une grande partie de l’Irak et de la Syrie. Il a attiré des membres de militants afghans et pakistanais, y compris une vague de transfuges talibans. Le groupe a d’abord trouvé un soutien parmi le petit mouvement salafiste afghan dans les provinces orientales de Kunar et de Nangarhar. Les salafistes avaient été largement marginalisés par les talibans, et en se connectant à la montée de l’EI, le mouvement salafiste a trouvé un moyen d’établir une force militaire.
Mais les manières brutales de l’EI ont depuis conduit certains religieux salafistes à exprimer leur opposition. Dans les années qui ont suivi son émergence, l’EI a essuyé bien des revers militaires face aux talibans et par des frappes aériennes américaines, avant de se reprendre l’année dernière. Cependant, les talibans minimisent les capacités de l’EI et les considèrent comme un groupe marginal sans attrait pour le grand public. «Ils n’ont pas de racines ici», a déclaré Cheikh Abdul-Hameed Hamasi, figure influente des talibans. Mais, «l’intensité et l’ampleur des attaques … montrent la capacité et le niveau de portée nationale qui ont pris les talibans par surprise», selon IbraheemBahiss, consultant auprès de l’International Crisis Group. L’EI «n’est pas une menace à court terme». Son objectif immédiat est de déstabiliser les talibans et de briser l’image du groupe en tant que garant de la paix et de la stabilité dans le pays. Les talibans peuvent-ils déraciner l’EI ? La question reste posée.

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Le G20 reste «extrêmement concentré» sur la lutte contre le terrorisme

Ls leaders du G20, réunis de manière virtuelle mardi pour parler de l’Afghanistan, restent « extrêmement concentrés » sur la lutte contre le terrorisme ainsi que sur l’apport d’aide humanitaire au pays, selon un court compte-rendu de la réunion diffusé par la Maison Blanche. Les responsables des plus grandes économies mondiales, dont le président américain Joe Biden, rejoints par des représentants des Nations unies et du Qatar, un intermédiaire clé en Afghanistan, « ont discuté de la nécessité de rester extrêmement concentrés sur nos efforts anti-terroristes, y compris contre les menaces venant de l’EI-K », selon ce communiqué américain. Le G20, toujours selon la Maison Blanche, a aussi évoqué la nécessité de garantir la sortie du pays en toute sécurité pour les étrangers et les « partenaires afghans » qui le souhaitent. Le groupe a aussi « réaffirmé » sa promesse d’apporter de l’aide humanitaire en Afghanistan « à travers des organisations internationales indépendantes ». Il veut aussi « promouvoir les droits fondamentaux pour tous les Afghans, y compris les femmes, les filles et les personnes issues de minorités ». Les Etats-Unis, qui ont mis fin de manière chaotique en août à vingt années de guerre en Afghanistan, promettent d’utiliser « les outils diplomatiques, humanitaires et économiques » pour « répondre à la situation en Afghanistan. » L’Union européenne a annoncé mardi, dans le cadre de cette rencontre du G20, un programme d’aide à l’Afghanistan d’un milliard d’euros. Parallèlement à cette réunion virtuelle, les talibans ont eu leurs premiers entretiens avec une délégation conjointe des Etats-Unis et de l’Union européenne mardi au Qatar. L’Italie, qui assure la présidence tournante du « groupe des 20 », accueillera les 30 et 31 octobre le traditionnel sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, qui s’était tenu virtuellement l’an dernier en raison de la pandémie de Covid-19.

EL MOUDJAHID