Au contraire, expliquent Ajout Abdelkader et Youcef Bendib, respectivement de l’Université de Chlef et de l’Ecole nationale supérieure d’agronomie, qui préconisent «une abstention totale de l’exploitation du gaz de schiste sur le moyen terme, une continuité dans l’exploration et l’exploitation du gaz conventionnel avec un développement massif de l’énergie solaire pour la production de l’énergie électrique».
Cette stratégie, expliquent-ils, permet de «réduire la pression sur la production nationale du gaz naturel tout en dopant nos exportations». Le transport étant une activité énergivore, argumentent les universitaires, peut être soutenu par l’énergie électrique à travers la motorisation électrique qui connait un développement très rapide dans le monde ; par exemple, en Norvège, 54,3% des immatriculations de voitures de 2020 sont des voitures électriques. En Algérie, notent-ils, le gaz de schiste se trouve à des «profondeurs importantes, le long d’une ceinture allant de Berkine-Illizi à Tindouf ». Un vaste territoire désertique où «l’eau n’est disponible que dans la nappe albienne, qui constitue une ressource vitale pour la population du sud algérien». Outre le «risque possible de la contamination de cette nappe par la fracturation hydraulique, la rentabilité économique du gaz de schiste n’est pas assurée face à la chute des prix des énergies renouvelables». Par ailleurs, l’industrie du gaz de schiste, minée par la spéculation, enchaînent Ajout et Bendib, est «très sensible à la volatilité des prix du pétrole et du gaz conventionnels». La crise pétrolière de 2020 et la série des dépôts de bilan de beaucoup de compagnies américaines, dont Chesapeake, sont, selon les deux universitaires, «un indice de la fragilité de cette industrie». Et d’ajouter : «la situation actuelle du marché du gaz naturel est caractérisée par une offre abondante, qui va perdurer à la faveur des grands projets gaziers qui entreront en production dans les années à venir.» En plus des externalités négatives citées, le gaz de schiste, préviennent-ils, est «économiquement moins compétitif que le gaz conventionnel». Par conséquent, son développement «ne peut être assuré que dans un contexte d’un déficit chronique du gaz conventionnel.
C’est pourquoi il est important d’appréhender la tendance actuelle et future de l’offre du gaz naturel à travers le monde». Jusqu’à récemment, rappellent ces deux universitaires, l’énergie solaire mondiale était négligée en raison de sa faible compétitivité par rapport aux énergies fossiles, mais les avancées remarquables de la technologie du photovoltaïque ont réussi à faire chuter les coûts d’exploitation des centrales solaires pour la production d’électricité. D’après les données recueillies par Irena, sur quelque 17.000 projets en 2019, depuis 2010, le coût de l’énergie a baissé de 82% pour le solaire photovoltaïque, de 47% pour l’énergie solaire à concentration, de 39% pour l’éolien terrestre et de 29% pour l’éolien offshore. Le coût de l’électricité de source solaire photovoltaïque à l’échelle industrielle a baissé de 13% en 2019 par rapport à 2018, atteignant 0,068 USD/kWh.