Quelques dinars qui font toute la différence. La baguette de pain ordinaire se fait rare dans presque toutes les boulangeries depuis plusieurs semaines. Les citoyens font face à cette pénurie de baguettes de pain de 10 dinars, pour la simple raison que les boulangers, qui sont de l’ordre de 15.000 répartis sur le territoire national, dont 900 à Alger, ne proposent à leurs clients que du pain à 15 DA, 20 DA,  25 DA, voire plus. Or, le prix légal d’une baguette de pain fixé par le ministère de tutelle ne dépasse pas les 7,5 DA.

Sachant que les composants entrant dans la préparation du pain en Algérie sont subventionnés par l’Etat pour permettre sa disponibilité pour les familles à faibles revenus, les boulangers, en dépit de cette aide, imposent leurs tarifs aux clients. Ils les obligent à faire des queues interminables, très tôt le matin, au maximum jusqu’à 9 heures pour acheter une baguette à 10 DA, tandis que les retardataires qui viennent après cette heure n’ont souvent pas le choix et sont obligés d’acheter plus cher, comme cela nous a été précisé par certains clients que nous avons rencontrés. Ces derniers ne cachent pas leur mécontentement quant à cette situation «imposée». Encore pire, les consommateurs de pain attestent qu’ils ne constatent aucune différence entre le pain ordinaire à 10 DA et celui dit «amélioré». «Je ne trouve aucune différence entre les deux. C’est la même baguette saupoudrée d’un peu de semoule ou de quelques graines de sésame, et on la vend à 15 ou 20 DA, mais elle est loin d’être d’une qualité supérieure. Bien au contraire, la baguette est maigre et plus petite. Pire encore, si on l’achète la matinée, aussitôt refroidie ou même le lendemain, elle perd sa forme et sa saveur», témoigne un citoyen. Cette situation, selon certains boulangers de la capitale, n’est pas due à l’indisponibilité de la farine panifiable mais plutôt à son prix qui ne cesse d’augmenter. Ils expliquent que le coût de la production du pain ordinaire est de plus en plus élevé, car le prix du quintal de farine qui ne doitpas coûter plus de 2000 DA a considérablement augmenté pour atteindre les 3000 DA et même plus…
Pour avoir des explications sur cette situation qui perdure depuis un bon moment, nous avons demandé des explications au président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), Hadj Tahar Boulanouar, qui atteste que la problématique des boulangers ne date pas d’aujourd’hui, mais remonte à plus de 20 ans. «Le problème des boulangers qui perdure depuis plus de 20 ans réside en la marge bénéficiaire. Le prix de la baguette de pain est fixé par l’Etat à 7,5 DA pour le pain ordinaire et 8,5DA pour le pain amélioré, mais depuis 2015, les boulangers le vendent à 10 DA. Il faut savoir que l’Etat subventionne uniquement la farine et non pas la baguette de pain qui demande beaucoup d’éléments pour sa fabrication, à l’instar du sel dont le prix a augmenté durant ces 20 ans, des machines, de la main-d’œuvre, du transport… Donc, la majorité des boulangers disent que leur marge bénéficiaire ne peut pas couvrir ces frais. C’est pour ces raisons que certains boulangers se limitent à la production de croissants, petits pains, brioches et autres gâteaux», a-t-il expliqué, en ajoutant qu’il est important et urgent de «revoir la politique des subventions».

Nécessité d’aller vers une subvention directe au citoyen

Le président de l’ANCA propose d’aller vers une subvention directe au citoyen au lieu de subventionner les produits. «Il faut libérer les prix des produits subventionnés graduellement et que la subvention aille directement aux nécessiteux», propose M.Boulanouar, en justifiant ses propositions par le fait que «les produits subventionnés sont les plus exposés au détournement».
«Comment explique-t-on la disponibilité de la farine au niveau de l’OAIC, le stock est largement suffisant pour satisfaire la demande des 5 à 6 mois avenir, et c’est idem pour les minoteries, alors que les boulangers se plaignent de l’insuffisance de cette matière pour la conception du pain ? Donc, il y a bien lieu de dire qu’une quantité de cette farine est détournée pour la fabrication d’autres produits que le pain : gâteaux, biscuits, gaufrettes, etc., a-t-il fait savoir. Ainsi, et pour remédier à cette situation, l’Association nationale des commerçants et artisans algériens a soumis, selon son président, au ministre du Commerce, une série de propositions, dont la révision des produits subventionnés pour éviter le détournement, le renforcement du contrôle au niveau des minoteries qui vendent la farine subventionnée destinée aux boulangers aux grossistes et aux détenteurs d’usines de gâteaux, augmenter le nombre des minoteries qui doit être en adéquation avec le nombre de la population de chaque région, sachant qu’il existe 150 minoteries sur le territoire national, à raison de 3 minoteries par région. M. Boulanouar nous annonce que le ministère du Commerce a donné son accord pour le changement de la politique de subvention, qui débutera à partir de 2022.

L’amélioration de la qualité  du pain, une urgence

Les Algériens sont de grands consommateurs de pain, avec une moyenne quotidienne de 40 millions de pains, alors que la qualité de ce produit de première nécessité est de plus en plus dangereuse pour la santé. N’est-il pas urgent d’imposer la production d’un pain plus sain aux consommateurs ? C’est dans cette optique que le président de l’ANCA suggère d’aller vers un pain nutritif qui ne mette pas la santé des individus en péril, en abandonnant la production du pain blanc, comme il se fait dans d’autres pays du monde. Le problème ne réside pas seulement dans le prix du pain, mais surtout dans la qualité de la baguette. Donc, il est temps d’aller vers la production de pain brun, comme le conseillent les spécialistes de la santé.

Haro sur le gaspillage du pain !

Le gaspillage du pain devient une deuxième nature chez les Algériens. Une culture qui les accompagne tout au long de l’année et surtout pendant les occasions telles que le mois sacré de Ramadhan… Le pain est l’exemple le plus flagrant de ce manque de civisme. Cet aliment essentiel et fondamental dans l’alimentation du citoyen est devenu le symbole même du gaspillage et de l’inculture du consommateur algérien. A cet effet, le président de l’ANCA nous a déclaré que l’Algérie produit quotidiennement plus de 50 millions de baguettes de pain, et que plus de 20% de cette production, soit 10 millions de baguettes, est jetée chaque jour dans les décharges publiques en tant que déchet ménager.
Kafia Aït Allouache